09.10.2007

Abstinence

Il y a une semaine, j’ai mis fin à quinze années d’abstinence. J’ai presque cinquante ans et mes enfants sont grands. Je me suis donc dit qu’il était peut‑être temps. D’autant plus que ma séparation remonte maintenant à un an ou presque. Lorsque j’étais marié, je dois avouer que l’abstinence en question avait d’abord été imposée par ma femme, puis, tout doucement, je m’y étais habitué, comme on s’habitue au reste j’imagine. À un point tel d’ailleurs que, comme qui dirait, j’ai poursuivi la tradition et j’ai continué de m’abstenir.

Évidemment, si j’avais eu une autre personne dans ma vie depuis, il est probable que mon abstinence aurait pris fin avant, quoique. De plus en plus nombreuses sont les personnes, des deux sexes, qui prennent la décision raisonnée qu’il vaut mieux s’en passer. Mais la semaine dernière, j’ai cessé de résister à la tentation. Quinze ans, c’est tout de même un bail. Je pense que j’ai fait ma part. Vous le croirez si vous le voulez, mais c’est dans une grande surface que je me suis laissé avoir au piège de cet amour sans commune mesure.

Après quinze ans, il est certain que je ne savais plus trop comment m’y prendre, mais elle m’a tout expliqué, et je lui en suis reconnaissant, même si cela n’a pas fonctionné comme prévu. La mécanique n’est plus du tout la même. Dans l’ancien temps, si je ne m’abuse, il suffisait d’insérer la fiche mâle dans la prise femelle et le tour était joué pour ainsi dire. Il était possible d’inclure quelques caresses, surtout au niveau des pitons, pour parler plutôt crûment, mais à ma souvenance les oreilles étaient elles aussi particulièrement sensibles.

Après plusieurs tentatives infructueuses, j’ai réalisé que c’était peine perdue et que j’étais rendu trop vieux. En fait, un proche qui était déjà passé par là m’a tout expliqué. Je ne me sens plus aussi pitoyable depuis. Les télévisions ne fonctionnent plus comme auparavant. D’abord, il leur faut un câble, une antenne parabolique ou un système de positionnement global pour s’ouvrir sur le monde. La double antenne télescopique qu’on tentait d’ajuster ou d’orienter comme il se devait, c’est chose du passé. Tout comme les coups de paume.

Cette dernière chose, je l’ai apprise à mes dépens, et s’il est vrai que l’éducation n’a pas de prix, je peux néanmoins affirmer que l’acquisition de cette toute petite connaissance m’a coûté plusieurs centaines de dollars. Quoi qu’il en soit, elle me donne quand même du plaisir, maintenant, ma télévision, étendue comme elle est dans sa jolie boîte, blottie entre deux beaux gros oreillers de polystyrène expansé. C’est sûr que ma télévision ne fonctionne pas, mais même éteinte, sa très haute définition n’en finit plus de m’allumer.