01.02.2008

Le temps passe - I

Le temps passe. Sans jamais s’arrêter, il passe. Même en ce moment, au terme de ma vie, il poursuit sa route, droit devant. Il est certain qu’il a ralenti sa course folle, moins pressé d’arriver à destination, sachant que le sort en est jeté, que mon destin est inéluctable, que je n’y échapperai pas. Alors pourquoi se hâter ? De toute manière, la mort même, avec la finalité qui lui est inhérente, ne saurait contrarier sa marche. Il est dit que tu es poussière et tu retourneras poussière. À mon tour de confirmer ce principe génésiaque. Je m’effrite et je continuerai de m’effriter jusqu’à néant. Il est certain que le temps de mes vingt ans filait à toute allure, mais je m’employais à garder un pas d’avance sur lui. Néanmoins, je puis désormais affirmer que rien ne sert de courir, car il m’a rattrapé, et il me dépassera.

 

* * *

 

Ce que je l’aimais. Elle était belle. Elle était grande. Nettement moins grande depuis que le poids du temps sur ses épaules a eu raison de sa verticalité, la beauté de ses traits, elle, restera à jamais gravée dans la mémoire de mon âme. Moi dont l’émerveillement est vite consumé. Moi qui, à la traversée des Rocheuses ou à leur survol par temps clair, en dépit de leur majesté indéniable et de leur splendeur qui ne laisse personne indifférent, ne peut fixer mon attention sur leurs pics éclatants par‑delà le temps qu’il faut à mon esprit pour assimiler la théorie de la tectonique des plaques ayant mené à leur création. Moi, je n’ai pu m’empêcher de trouver le quotidien de la vie merveilleux aux côtés de celle que j’ai tant aimée. Pourtant, ce quotidien était plus souvent mesuré à l’aune de la grisaille qu’à celui de la griserie. N’empêche. Je l’aimais. Je l’ai aimée au point de l’abandonner pour le lui prouver.

 

L’issue de douze années d’une vie en commun, après un premier mariage qui avait duré quinze ans, ne faisait désormais plus de doute. La brume s’était dissipée et les mesures à prendre se profilaient avec une netteté éblouissante. Il me fallait reculer afin de pouvoir revenir plus fort, auréolé de toute la gloire qui me déifierait à ses yeux. Il le fallait si je voulais être un jour digne d’elle.

 

Notre rencontre avait été à l’image de celle d’autres couples. Après une première relation infructueuse, nous nous promettions tous deux de ne pas nous y faire reprendre, sauf, cela va de soi, si l’autre partie était la véritable âme sœur, ce à quoi, à sa seule vue, en ce soir froid et pluvieux d’octobre, il ne m’a plus été permis de douter. Quant à elle, il s’est passé un certain nombre d’années avant qu’elle finisse par s’en convaincre. J’ai toutefois acquis l’intime conviction que sur son lit de mort, elle a enfin vu la lumière.

 

* * *

 

(à suivre)

 

Commentaires

Salut nyctae,

J'ai reçu ma première tague et je devais la partager alors j'ai pensé à toi. T'es pas obligé bien sûr mais ça m'a permis de te souligner.

Et je m'aperçois que j'ai pris du retard dans tes billets alors je reviens tantôt.

:o)))

Ecrit par : La Lectrice... | 10.02.2008

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