01.02.2008
Le temps passe - I
Le temps passe. Sans jamais s’arrêter, il passe. Même en ce moment, au terme de ma vie, il poursuit sa route, droit devant. Il est certain qu’il a ralenti sa course folle, moins pressé d’arriver à destination, sachant que le sort en est jeté, que mon destin est inéluctable, que je n’y échapperai pas. Alors pourquoi se hâter ? De toute manière, la mort même, avec la finalité qui lui est inhérente, ne saurait contrarier sa marche. Il est dit que tu es poussière et tu retourneras poussière. À mon tour de confirmer ce principe génésiaque. Je m’effrite et je continuerai de m’effriter jusqu’à néant. Il est certain que le temps de mes vingt ans filait à toute allure, mais je m’employais à garder un pas d’avance sur lui. Néanmoins, je puis désormais affirmer que rien ne sert de courir, car il m’a rattrapé, et il me dépassera.
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Ce que je l’aimais. Elle était belle. Elle était grande. Nettement moins grande depuis que le poids du temps sur ses épaules a eu raison de sa verticalité, la beauté de ses traits, elle, restera à jamais gravée dans la mémoire de mon âme. Moi dont l’émerveillement est vite consumé. Moi qui, à la traversée des Rocheuses ou à leur survol par temps clair, en dépit de leur majesté indéniable et de leur splendeur qui ne laisse personne indifférent, ne peut fixer mon attention sur leurs pics éclatants par‑delà le temps qu’il faut à mon esprit pour assimiler la théorie de la tectonique des plaques ayant mené à leur création. Moi, je n’ai pu m’empêcher de trouver le quotidien de la vie merveilleux aux côtés de celle que j’ai tant aimée. Pourtant, ce quotidien était plus souvent mesuré à l’aune de la grisaille qu’à celui de la griserie. N’empêche. Je l’aimais. Je l’ai aimée au point de l’abandonner pour le lui prouver.
L’issue de douze années d’une vie en commun, après un premier mariage qui avait duré quinze ans, ne faisait désormais plus de doute. La brume s’était dissipée et les mesures à prendre se profilaient avec une netteté éblouissante. Il me fallait reculer afin de pouvoir revenir plus fort, auréolé de toute la gloire qui me déifierait à ses yeux. Il le fallait si je voulais être un jour digne d’elle.
Notre rencontre avait été à l’image de celle d’autres couples. Après une première relation infructueuse, nous nous promettions tous deux de ne pas nous y faire reprendre, sauf, cela va de soi, si l’autre partie était la véritable âme sœur, ce à quoi, à sa seule vue, en ce soir froid et pluvieux d’octobre, il ne m’a plus été permis de douter. Quant à elle, il s’est passé un certain nombre d’années avant qu’elle finisse par s’en convaincre. J’ai toutefois acquis l’intime conviction que sur son lit de mort, elle a enfin vu la lumière.
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(à suivre)
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15.01.2008
De l'inutilité apparente du pénis
Les ouvrages philosophiques sur le pénis ne sont pas légion. Bien sûr, il y a eu Freud qui s’est penché sur la question, mais il y a cent ans de cela ! J’ai donc pensé qu’il serait bon de revisiter la chose…
Mon ami Robert m’affirme que, chez l’homme, le pénis a deux fonctions, soit la miction et la copulation. La première question que je me suis donc tout naturellement posée est la suivante : « Pourquoi chez l’homme puisque la femme n’en a pas ? » Mais je me suis vite ravisé. En fouillant dans mes souvenirs lointains, je me suis rappelé que certaines femmes pouvaient littéralement jouir de cet organe sans littéralement jouir d’un tel organe ! Vous me suivez ? Alors je me suis dit que Robert avait bien raison d’apporter cette précision.
Passons maintenant aux deux fonctions. Premièrement, la fonction de miction est à n’en point douter une de la plus haute importance, car qui dit miction dit soulagement profond. Cependant, cette fonction nécessite-t‑elle vraiment le recours à un pénis ? Les avis sont partagés à cet égard. Il y a les tenants du « oui » qui soutiennent que le membre dit viril comporte de nombreux avantages, dont celui de pouvoir écrire son nom en cursive dans la neige blanche pendant des excursions de ski de fond. À l’autre extrémité de la palette, il y a ceux et celles, et ici je voudrais bien préciser que ce sont surtout celles, qui disent qu’un tel robinet est de peu d’utilité, ne permettant même pas de bien viser la cuvette ! Ne pratiquant pas le ski de fond, il me faut naturellement me rallier à la seconde opinion.
Deuxièmement, il y a la copulation, sujet délicat s’il en est un. Qui dit « copulation » dit « accouplement » et qui dit « accouplement » dit « couple », et nous savons tous que les couples, après un certain temps et en règle générale, bien qu’il y ait des exceptions, se défont ou cessent de « le faire ». C’est ainsi que l’homme, car c’est toujours bien de lui dont il est question ici, quand il atteint un certain âge, se trouve bien embêté de posséder un pénis qui ne lui sert plus à copuler même s’il se transforme régulièrement en phallus sous l’effet de pensées ou de rêves impudiques. Puisque les recours sont plutôt limités dans de telles circonstances, il n’est pas rare qu’il lui faille s’en remettre au manuel…
Donc, pour résumer et conclure, sachant qu’il n’est pas nécessaire de jouir d’un pénis pour vraiment en jouir, qu’un pénis n’est pas d’une grande utilité dans un contexte de miction et qu’en outre il cesse presque toujours d’être utile en termes de copulation, je voudrais pouvoir me le faire rembourser compte tenu de sa grande et profonde inutilité !
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17.12.2007
Lettre à mon ex
Je suis vraiment content que tu sois heureuse. Mon commentaire de l’autre jour à l’effet que ce serait plus facile pour moi si tu étais malheureuse n’était, j’imagine, qu’une remarque humaine, comme dans « nature humaine », une nature si souvent inhumaine. Il n’est certainement pas facile de t’entendre dire que tu aimes bien J., car ce que j’entends, en vérité, c’est que tu l’aimes, point. Toutefois, toi comme tous les autres êtres de bonne volonté sur cette Terre, tu mérites l’amour. Quant à moi, pour le moment, je ne suis pas très heureux, ni très malheureux. J’ai connu une période de déprime, c’est vrai, mais comme tu me l’as aussi dit, maintenant que j’ai des projets d’avenir concrets, je vois la fameuse lumière au bout du tunnel. Je sais que notre amour, s’il a jamais existé, est chose du passé. Dernièrement, les contacts plus étroits que j’ai entretenus avec toi étaient davantage destinés à passer au travers du présent d’alors qu’à essayer d’attiser un feu que je savais bel et bien éteint. Tout l’amour que j’ai déjà été en mesure de te donner n’était pas celui auquel tu aspirais, et vice versa. La loi de l’amour, comme toute bonne loi, nécessite l’emploi d’une terminologie précise pour éviter les malentendus. Nous avions de telles définitions, sauf qu’elles étaient différentes pour l’un et pour l’autre. Quoi qu’il en soit, nous sommes parvenus à bâtir quelque chose, à bâtir une famille, et c’est pourquoi, même si maintenant il prend des tangentes divergentes, notre avenir n’en est quand même que plus brillant. Merci.
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